LE LYCÉE RODIN
Par Maurice
DEIXONNE
Proviseur
du Lycée

Couverture
du livre
Le quartier
Sans remonter au temps où, selon le chansonnier, les
Mérovingiens chassaient le bison dans les forêts les plus
épaisses, il n'est pas facile de capter la physionomie d'un
quartier, qui a considérablement évolué depuis un siècle,
et dont l'évolution est même en train de s'accélérer. Quel
est, par exemple, le visiteur non prévenu qui imaginerait
que la Bièvre coule dans la périmètre de notre Lycée ?
La Bièvre !
C'est-à-dire la rivière aux castors. Car tel est bien le
sens du mot bièvre, à tel chef qu'au Moyen-Age on finissait
pas dire un col de bièvre pour un col de fourrure.
Que de charmants paysages évoquent encore des noms comme
ceux de la Butte-aux-Cailles, de la rue du Champ de
l'Alouette, de la rue du Moulin-des-Prés! Il y a seulement
cent ans, le quartier se résumait essentiellement dans
l'Avenue d'Italie, alors rue de Fontainebleau. On
vendangeait sur la Butte-aux-Cailles et les amoureux
prenaient leurs ébats dans les saules de la Bièvre.
Retraite
favorable à des amants cachés,
Faite de flots dormants et de rameaux penchés
Ainsi
qu'en témoigne le Passage-des-Artistes, poètes et peintres
se donnaient rendez-vous sur le belvédère naturel que
constituait la Butte-aux-Cailles, contournée par la Bièvre.
Ils aimaient à contempler, comme BALZAC, « la vallée
profonde, peuplée de fabriques, à demi-villageoise,
clairsemée de verdure », et entendre, avec le héros de
Victor HUGO, « les laveuses des Gobelins battre leur
linge et, au-dessus de sa tête, les oiseaux chanter et
jaser dans les ormes ».
Mais le temps n'était pas loin où l'industrie allait tout
submerger. Dès le 15ème siècle, les fameux frères GOBELIN,
teinturiers en écarlate. avaient utilisé les eaux de la
Bièvre, dont RABELAIS attribuait la vertu à leur forte
teneur en urine de chien. Puis les tanneurs se
multiplièrent et pas seulement dans l'actuelle rue des
Tanneries. C'était là une industrie plus odorante encore.
au point que certains expliquent le nom de la rue
Mouffetard, qui enjambait la Bièvre sur une mince
passerelle dite Pont-aux-Tripes, par ces
« mouffettes » c'est-à-dire ces exhalaisons
puantes qui montaient de la rivière. Non loin de là, la rue
Oudry s'appelait alors la rue des Cornes, à cause du dépôt,
également riche en senteurs, où l'on rassemblait les cornes
de boeufs provenant des tanneries voisines.
Les
temps modernes n'ont pas manqué d'ajouter et parfois de
substituer aux tanneries déclinantes une série
d'entreprises industrielles et artisanales dont la rue des
Cordelières fournit encore un pittoresque échantillonnage.
Les vieux habitants du quartier se rappellent le mouvement
que mettaient dans la rue les sorties d'usines à midi et à
dix-huit heures. Là vivent encore des fils de Communards
qui furent parmi les derniers à résister aux Versaillais.
Devant cette population ouvrière reculèrent peu à peu les
chiffonniers, brocanteurs, bohémiens, clochards de toutes
sortes dont la multiplication avait donné naissance à des
asiles et oeuvres de charité dont certains subsistent
encore. Et voici qu'une transformation nouvelle est en
train de s'opérer : d'ouvrier, le quartier devient
résidentiel. Déjà la tour du Lycée a cessé de dominer la
vallée où se dresse, rue Croulebarbe, un immeuble qui
s'enorgueillit, avec ses 21 étages, d'être le
« premier gratte-ciel de Paris ». La Glacière est
devenue un vaste chantier d'où jaillissent les murs de
béton des HLM. Le temps n'est pas loin où les cours des
miracles qui unissent la rue Pascal à la rue des
Cordelières céderont à leur tour la place à des immeubles
flambants neufs.
Qu'est devenue
la Bièvre au cours de ces transformations successives ?
Déjà souillée par les déjections d'Antony, d'Arcueil, de
Gentilly lorsqu'elle se présente à Paris, près de la
Poterne des Peupliers, ce n'est pas sans raison qu'Huysmans
la compare à une belle et fraîche campagnarde que la grande
ville corrompt après l'avoir exploitée sans pitié ni
reconnaissance. Baptisée « la rivière des
Gobelins », elle se jetait jadis dans la Seine, près
du pont d'Austerlitz. Progressivement recouverte sur tout
son cours parisien, elle n'est plus désormais qu'un triste
affluent de l'égout collecteur de la rive gauche. Pourtant,
elle nous a laissé, avant de disparaître, ce qui fait la
gloire du Lycée : cet admirable rideau de peupliers qui
longe le Square René LE GALL. C'est très exactement à leur
pied, sur une largeur de 3,20 m en deçà du mur séparatif,
que coule encore ce qui fut la charmante rivière venue du
sud de Versailles pour la joie des amoureux et des poètes.
Puissent quelques-uns au moins des Lycéens d'aujourd'hui ne
pas fouler ce sol sans accorder encore une pensée à la
Rivière aux Castors et à ce Val de Bièvre où s'exhala jadis
la tristesse d'Olympio.

Aspect
romantique de la Bièvre au XVIIIe siècle
(Cette gravure est extraite de « Paris à travers les
siècles » de Philippe LEFRANÇOIS, chez
Calmann-Lévy)

Il sera
facile de situer sur ce plan de 1810 le futur Lycée si l’on
veut bien considérer que la Rue du Champ de l’Alouette,
telle qu’elle figure ici, est devenue la rue Corvisart.
Elle part au Nord de l’ex-couvent des Cordelières devenu en
1836 l’hôpital BROCA. La rue des Cordelières et le Lycée
lui-même se sont édifiés au sud-est dans les jardins qui
aboutissent à la Bièvre.
La
tannerie LE MOINE
Selon les
renseignements recueillis auprès de M. Robert LE MOINE,
ancien propriétaire de la tannerie qui occupait
l'emplacement du Lycée, le terrain fut acheté le 18
Fructidor An III au domaine national par un Monsieur
LALLEMENT pour un prix de 506 250 francs payables en
assignats.
M. LALLEMENT y
installait un moulin à tan et une scierie. Mais sans doute
lui et ses successeurs ne firent-ils pas de brillantes
affaires, puisqu'en 1853 le terrain était vendu à un M.
COURTÉPÉE qui y construisait une tannerie modèle, du moins
pour l'époque. Malheureusement, le nouveau propriétaire
mourait prématurément trois ou quatre ans plus tard,
laissant sa femme et ses enfants dans le plus grand
embarras.
Puis un M. SCHAKEN, de nationalité belge, acquérait le
terrain, mais seulement à titre spéculatif, pour le
revendre deux ans plus tard à MM. Achille et Léon DURAND
qui exploitèrent la tannerie jusqu'en 1892. A cette date,
ils la cédèrent à MM. Albert et Céleska LEMOINE eux-mêmes
tanneurs, mais dont l'exploitation venait d'être morcelée
par le percement du Boulevard Saint-Marcel. Après le décès
de M. Albert LE MOINE, son frère restait seul propriétaire
et s’associait son fils Robert, dernier propriétaire avant
l'Éducation Nationale.
Où l’Éducation Nationale fait son apparition
Au milieu de ce
siècle ce qui fut la tannerie LEMOINE était donc en vente
et le 30 mars 1953 le Conseil Municipal décidait d'acquérir
immeuble et terrain, soit une superficie de 13 103 mètres
carrés à l'angle des rues Corvisart et des Cordelières en
vue 'de l'extension du Square René-Le-Gall.
Il est permis
de regretter que ce projet si raisonnable n'ait pas vu le
jour, car le quartier manque évidemment d'espaces verts et
il était tout indiqué d'accroître la largeur du square qui
demeure étiré en longueur. Mais tels sont les besoins des
villes tentaculaires qu'un promoteur avait déjà jeté son
dévolu sur l'ancienne tannerie pour y édifier un groupe
d'habitations collectives, quand un troisième larron surgit
en la personne de M. l'Inspecteur d'Académie ÉVRARD
agissant pour le compte du Ministère de l'Education
Nationale. L'arbitrage fut rendu les 31 Mars et ler Avril
1955 : sur le rapport de M. Pierre GIRAUD, que nous
retrouverons plusieurs fois au cours de cet historique. Le
Conseil Municipal opta pour un futur lycée.
Si l'on admet, en effet qu'il faut un Lycée pour 30.000
habitants, le département de la Seine, avec 6 millions
d'âmes aurait besoin de 200 établissements du second degré
: or, il n'en compte encore que 70. L'expérience ne devait
pas tarder à montrer que le recrutement de l'établissement
nouveau ne posait aucun problème - si ce n'est celui de
l'exiguïté des locaux.
Dès le départ il était exclu que le Lycée pût disposer sur
place d'un stade, en particulier d'un terrain de foot-ball.
Et la difficulté était accrue par la sujétion imposée, fort
justement d'ailleurs, par le rapport de M. GIRAUD :
« Les bâtiments à édifier en bordure de la rue des
Cordelières pourraient être de faible hauteur et les
espaces libres devraient nécessairement se conjuguer avec
le square actuel ». Fort heureusement les travaux
furent confiés à un architecte de grand talent, en la
personne de M. Jean DEMARET, aujourd'hui Inspecteur Général
des Bâtiments Civils et Palais Nationaux, qui sut respecter
le voeu du Conseil Municipal et utiliser de façon à la fois
harmonieuse et efficace l'espace restreint qui lui était
alloué. Bien qu'il ait réduit la surface du terrain à 12
606 mètres carrés, de façon à élargir la rue des
Cordelières et qu'il ait distribué des pelouses en façade
de tous les bâtiments, l'architecte a réussi à dégager une
vaste cour de récréation agrémentée d'un petit jardin à
l'anglaise et à réduire à 2 950 mètres carrés la surface
des bâtiments principaux (1 290 mètres carrés devaient être
absorbés ultérieurement par le gymnase et ses annexes).
L'ensemble de la construction se répartit essentiellement
en deux ailes rectilignes qui suivent d'assez près le tracé
des rues adjacentes et que réunit un arc de cercle, le tout
affectant de très près la forme d'une ellipse que domine en
son sommet la tour destinée au logement des fonctionnaires.
La vue la plus
agréable du monument, parce qu'elle permet d'en saisir les
lignes directrices, est celle que l'on peut en prendre
lorsqu'on est adossé aux peupliers de la Bièvre, ou mieux
encore à travers leur feuillage au printemps ou à
l'automne, à partir de la rue Croulebarbe. Rares sont
certainement les bâtiments scolaires qui s'intègrent aussi
étroitement au cadre qui les accueille.
La construction
Les
démolisseurs furent, bien entendu, les premiers a s'emparer
du terrain, en mai 1956. Les travaux furent menés
rondement: un mois plus tard tombait la grande cheminée qui
dominait la tannerie, soulevant les bravos des uns,
emportant les regrets des autres.
Séance tenante,
la maison B. A. C. C. 1. , responsable du gros oeuvre,
entreprenait les fondations. Les travaux étaient dirigés
par un ingénieur fort distingué, M. BEAULIEU, assisté sur
place par M. D'ORNANETCHE et son chef de chantier, M.
LEGROS, à qui nous devons l'admirable spécimen de
coquillage préhistorique (cerithium
giganteum) découvert
dans les fouilles et qui est bien l'occupant le plus
lointain que puissent invoquer les humains qui ont pris
possession du terrain.
Comme il arrive souvent, surtout dans la région parisienne,
le sous-sol réservait des surprises. D'anciennes cuves en
bois qui avaient servi pour le tannage des peaux et qui
avaient été abandonnées pour des bacs en ciment furent
mises à jour sous ce qui est devenu le bloc administratif.
Sous les réfectoires, une ancienne fosse d'aisance cimentée
n'était pas davantage prévue au programme. Il fallut
combler la série de bassins par lesquels la tannerie
accédait à la Bièvre pour la détrempe des peaux et même
rehausser le sol d'un mètre dans la partie la plus basse,
ce qui explique que la cour de récréation surplombe
désormais le Square René Le GalL Mais surtout la nature
marécageuse du terrain rendit indispensable un radier en
béton et un vide sanitaire important sous toutes les
constructions.
A mesure que l'édifice s'élevait, d'autres corps de métiers
faisaient leur apparition. On nous permettra de ne citer
que les entreprises à l'égard desquelles nous nous croyons
tenus par une dette de reconnaissance :
|
GEORDY-CHARLETY
|
Menuiserie
|
| BOULENGER
|
Carrelage
et lino
|
| BAUDEMENT
|
Vitrerie
|
| Sté
Générale de FONDERIE (BECUVE)
|
pour la
cuisine
|
| KULA
|
Sanitaires
|
| Industrielle
de chauffage, PIQUENARD & SACAR
|
Chauffage
|
| ASCINTER,
ex-EDOUX-SAMAIN
|
Ascenseur
de la tour
|
| MANDLEUR
|
Couverture
|
| VERGER
& DELPORTE
|
Électricité
|
Dans bien des
cas, des relations durables se sont établies entre
l'administration du Lycée et les représentants de ces
maisons qui continuent à collaborer à l'oeuvre commune.
Mais tout cela n'est pas allé non plus sans incidents dont
deux au moins méritent de trouver place dans cet
historique.
Le premier se situe au début de 1960, lorsque le Contrôleur
des Dépenses Engagées, M. ROSENWALD découvre que
l'architecte a entamé la seconde tranche des travaux sans
avoir réuni toutes les autorisations nécessaires. Il saisit
la Direction du Budget qui, à titre de sanction, décide de
supprimer les honoraires de l'Architecte. Celui-ci riposte
le 2 Février 1960 en donnant l'ordre aux entrepreneurs
d'interrompre les travaux. Effectivement, le 9 Février n'a
pas lieu l'habituelle et hebdomadaire réunion de chantier.
L'entreprise BACCI, qui est lasse d'avancer de l'argent à
l'État et qui ne manque pas de plus vastes travaux à
entreprendre prend déjà ses dispositions pour disperser ses
équipes.
Le chantier va-t-il donc s'arrêter alors que le Lycée
devait être achevé à Pâques ? Bien plus. les locaux déjà en
service seront-ils paralysés par la nécessité d'y
entreposer le matériel destiné aux salles qui ne pourront
pas s'ouvrir ? Que d'argent perdu pour le contribuable,
sans même parler du scandale ! Il se trouve fort
heureusement que le Proviseur, ancien parlementaire,
dispose d'une certaine expérience des affaires publiques.
Non sans de longues semaines d'efforts tout rentrera dans
l'ordre.
Le second incident fut moins grave mais plus bruyant. M.
l'Inspecteur Général HUGUET venait de faire installer aussi
coquettement que possible, pour les professeurs d'Éducation
physique et pour l'Association sportive des élèves, deux
salles au fond du préau. Mais l'O.A.S. veillait. Une bombe
placée dans la nuit du 23 au 24 Mai 1962 saccage les deux
salles et réveille en sursaut la famille LONGOBARDI qui
dormait à l'étage au-dessus. Bien entendu, le dégât est
promptement réparé. Une bonne leçon d'instruction civique
en passant.
Débuts de la vie scolaire
Presqu'en même
temps que les ouvriers, administrateurs, professeurs,
élèves faisaient leur apparition sur le terrain, puisque la
première rentrée scolaire eut lieu en octobre 1956. Qu'il
ne se soit produit aucun incident sérieux au cours de cette
cohabitation malgré tout difficile, c'est à l'honneur des
uns et des autres. Mais que de scènes hautes en couleur il
y aurait lieu de décrire pour faire revivre ces débuts
mémorables !

La chute de
la maison Usher ? Non : la démolition de la dernière villa
de la tannerie Lemoine, celle qui s’adossait, rue des
Cordelières, à l’usine de Contrôle Bailey. (Photos M.
Deixonne)

L’axe de
construction du Lycée. Cette photo, due à Mlle GIRAULT,
permet de saisir le dessin d’ensemble de
l’immeuble

La
« tour » du Lycée commence à dominer le chantier
(Photo Mlle GIRAULT)

Les
baraquements du côté de la cour. Ils hébergent notamment la
cuisine (Photo Mlle GIRAULT)
Administrativement, le Lycée n'était encore que
« l'annexe des Cordelières » dépendant du Lycée
Montaigne. Il relevait donc de la souriante autorité du
Proviseur de Montaigne, M. COUZINIÉ, et c'est également
l'Intendant de Montaigne, M. MANHIABAL qui, chaque semaine,
se déplaçait sur les lieux, pour le rendez-vous de
chantier. Qu'il nous soit permis de dire au passage la
reconnaissance que la filiale doit à la maison-mère. Mais
l'établissement avait, bien entendu, son administration
locale, représentée par M. CHARLY, en qualité de Directeur,
et M. CORRUBLE, alors Sous -Intendant. Que n'ai-je pu
obtenir de l'un d'eux le récit direct de cette étrange
aventure ?
Le jour de la rentrée une seule baraque provisoire était,
paraît-il, prête à recevoir les élèves : une deuxième était
à peine terminée; une troisième à peine commencée. Les
ouvriers peignaient pendant la classe en s'entendant au
préalable avec le professeur sur l'ordre des travaux. Un
hangar de la tannerie abritait le réfectoire plus deux
autres classes. Une autre classe encore trouvait asile dans
une des deux villas de la rue des Cordelières, où logeaient
par ailleurs d'une part MM. CHARLY et CORRUBLE, d'autre
part le Directeur des services du baccalauréat et un
Inspecteur d'Académie. Quant aux autres classes (il y en
avait 12 au total), elles valsaient d'un local libre à
l'autre. Les bureaux occupaient tout bonnement ceux de la
tannerie, soit deux pièces au rez-de-chaussée, l'étage
étant habité par le contrôle médical, Mme HAUMAITRE,
faisant alors fonction de concierge, se tenait dans un
baraquement près de l'entrée.
Ce régime de haute improvisation (les sanitaires ne furent
terminés que d'extrême justesse) dura deux mois : octobre
et novembre 1956. A ce moment, le réfectoire disposa d'un
baraquement autonome et l'on se trouva déjà un peu moins à
l'étroit. Mais alors commencèrent les difficultés de
chauffage : des poêles ne furent installés qu'à l'extrême
limite du supportable. Entre les baraquements, la boue
atteignait parfois 20 centimètres d'épaisseur : des
caillebotis en bois, comme dans les tranchées de 1914,
permettaient de franchir les endroits les plus périlleux,
les élèves étant préalablement disposés en colonnes par un.
Ce n'est certes pas sans raison que l'administration
supérieure pouvait s'inquiéter d'une rentrée s'opérant dans
de pareilles conditions. Etait-ce bien le meilleur moyen
d'y parer que de déléguer sur place un Inspecteur
d'Académie s'ajoutant à la cohue des parents et des élèves
égarés dans le chantier et des professeurs qui se voyaient
pour la première fois ? Fort heureusement deux d'entre eux
étaient, par erreur, nommés sur le même poste. M. CHARLY en
profita lâchement pour les mettre en tête-à-tête avec
l'Inspecteur et procéder aux choses urgentes.
A vrai dire,
les titulaires ne manquaient pas dès ce premier jour. Parmi
ceux qui sont demeurés fidèles à l'établissement, nous
relevons les noms de MM. BOREL, BOURGEOIS, de LABRIOLLE,
DIENY (aujourd'hui professeur honoraire). D'autres, comme
M. CADOUX avaient un service partagé entre Montaigne et les
Cordelières. Parmi les agents, M. Le POTTIER exerçait déjà
les fonctions d'agent-chef, tandis que M. PETIT
confectionnait dans les cuisines de Montaigne les plats
destinés à l'annexe et venait les réchauffer sur place. La
vérité oblige à dire que les élèves n'en déjeunaient pas
moins à l'heure et dans des conditions déjà satisfaisantes.
Du reste, tous
ceux qui ont connu cette époque héroïque en ont quelque peu
conservé la nostalgie. Autour des villas, un parc splendide
étendait ses frondaisons dont notre jardin anglais a
conservé à grand-peine, n'est qu'un bien modeste témoin.
Des jardins ouvriers s'étendaient sur les pelouses qui
entourent le bâtiment administratif. Des haricots verts
d'une qualité exceptionnelle y poussaient. parait-il, entre
des pêchers et M. CHARLY y cueillait de temps en temps une
assiette de fraises, quand ce n'était pas un panier de
morilles sur l'emplacement du gymnase.
Cependant les
démolitions se poursuivaient l'année suivante et des
palissades isolaient du chantier les locaux déjà affectés
aux activités scolaires. Les entrées et sorties, qui
s'opéraient d'abord rue des Cordelières, se firent, comme
aujourd'hui, mais [par] un portail de bois assez délabré,
au 27 de la Rue Corvisart. Le mur de clôture de la tannerie
subsista longtemps encore rue des Cordelières et on y
pouvait lire l'inscription : "Lycée Montaigne, rue des
Cordelières".
Certes, les
parents n'étaient pas toujours à la noce. L'hiver les
galopins de sixième sortaient des fondrières les vêtements
maculés de boue. L'été, le moindre vent soulevait des
trombes de poussière. Mais quoi ! on faisait, vaille que
vaille, ses débuts dans l'enseignement secondaire et il
faut bien avouer que le Lycée, une fois majeur. est
sûrement devenu moins drôle.
Dénomination
du Lycée
Le baptême du
Lycée RODIN, c'est à lui seul toute une histoire.
Au début,
l'établissement portait le nom d’« Annexe des
Cordelières ». Promu Lycée autonome à compter du ler
Janvier 1960. il figura dans tous les actes officiels sous
l'intitulé modeste de « Lycée mixte » jusqu'à
l'arrêté du 6 Juin 1961 qui lui conféra son appellation
actuelle.
Un an et demi
s'est donc déroulé entre l'acte d'indépendance et la
dénomination officielle. Que s'est-il passé dans
l'intervalle?
Dès le 14 avril 1959, le Conseil Intérieur de
l'établissement (qui était alors celui du Lycée Montaigne
élargi aux représentants de l'annexe) avait opté pour le
nom de SAINT-EXUPÉRY. Nous y étions encouragés par le
Rectorat qui pensait, comme nous, que le prestige de
l'aviation était de nature à séduire les jeunes, s'agissant
surtout d'un pilote dont l'oeuvre littéraire avait acquis
droit de cité dans tous les manuels scolaires.
Déjà le Conseil
Municipal de Paris avait, par délibération du 18 Juin 1959
sur le rapport de M. GIRAUD, ratifié notre choix, quand le
Rectorat s'avisa qu'un autre Lycée, celui de
Mantes-la-Jolie, avait avant nous revendiqué la même
appellation. Il n'y avait plus qu'à repartir à zéro, avec
cette circonstance aggravante que, l'annexe s'étant entre
temps transformée en Lycée, il fallait consulter cette fois
son propre Conseil d'Administration et d'abord constituer
celui-ci.
C'est le 15 juin 1960 que le problème put être porté à
l'ordre du jour de cette assemblée, c'est-à-dire à la
veille des vacances scolaires. Le 9 mars 1961, le Conseil
Municipal de Paris, toujours sur le rapport de M. GIRAUD,
acceptait de troquer SAINT-EXUPÉRY contre RODIN. Le 13
avril 1961, le Conseil Académique ratifiait cette décision.
Enfin, la consécration suprême nous arrivait le 25 mai 1961
du Conseil Supérieur de l'Enseignement du Second Degré. Il
ne restait plus au Ministère qu'à notifier l'aboutissement
de cette longue procédure.
Est-il besoin d'ajouter que, chemin faisant, bien d'autres
idées furent lancées que celles qui ont momentanément ou
définitivement triomphé ? Il fut question de ZOLA,
d'Anatole FRANCE, de Jules VALLÈS, de PROUST, de BERGSON,
de CAMUS, de VALÉRY, de JOLIOT-CURIE. PASCAL surtout eut
ses chances parce qu'une rue PASCAL débouche sur le Lycée,
mais n'y avait-il pas risque de confusion avec le Lycée de
Clermont-Ferrand ? Un musicien : RAVEL, un peintre : RENOIR
furent également en lice. Un ministre aussi, en la personne
de Léo LAGRANGE, qui fit tant pour les jeunes, mais dont le
nom est généralement affecté à des stades. Certains
défendirent, non sans arguments valables, les titres de
« Lycée des Cordelières » et de « Lycée des
Gobelins ». Enfin, jusqu'au dernier moment, et même
après, un père d'élève, M. DOLIGER, rompit des lances en
faveur d'Edmond ROSTAND.
Comme les
services Techniques de Topographie et d'Urbanisme eurent
sur ces entrefaites la malencontreuse idée de changer les
numéros des rues dans lesquelles débouche le Lycée (en
particulier notre entrée principale, rue Corvisart, dut
abandonner le numéro 39 contre le numéro 19), il ne faut
pas s'étonner si, aujourd'hui encore notre courrier subit
quelques avatars. En particulier il nous est arrivé de
recevoir des lettres au nom du Lycée Radin : c'est là une
plaisanterie qui est médiocrement appréciée par M.
l'Intendant.
RODIN
et le 13e arrondissement
Les règlements
en vigueur définissent comme suit les critères auxquels
doit répondre la dénomination d'un Lycée :
1°) « Il
importe que le personnage dont le nom est proposé ne soit
pas uniquement une célébrité locale, mais que, par
l'illustration attachée à son nom et par l'éclat des
services qu'il a pu rendre au pays, il soit réellement
digne de l'hommage public qu'on voudrait décerner à sa
mémoire ».
2°} Il faut aussi qu'il ait des attaches locales.
Que RODIN réponde à la première de ces exigences, il serait
superflu de s'appesantir sur ce point. En choisissant ce
géant de la sculpture moderne, il n'est pas contestable que
nous avons attaché notre Lycée à une gloire dont l'éclat
dépasse et continuera à dépasser largement nos frontières.
N'est-ce pas un poète autrichien, Rainer Maria RILKE, qui a
célébré en RODIN « cette forêt, cette mer,
l'indescriptible et confiante paix de ce regard ferme et
lourd, l'édifice de sa santé et de sa certitude » ?
Peut-être n'est-il pas indifférent de souligner. avec le
même RILKE, l'euphonie de ce nom de RODIN « vaste
comme une constellation de cinq grandes étoiles ».
Un autre genre de considération a pesé dans la balance : la
mode qui pousse le Rectorat à réagir consciemment, et non
sans raison, contre l'excès d'intellectualisme qui conduit
les Français à sous-estimer tout ce qui n'est pas la
matière imprimée. Comme si certains de nos musiciens et
surtout de nos peintres ne faisaient pas autant pour le
renom de notre pays que nos écrivains ou nos savants.
Cela dit, ce qu'on sait peut-être moins, c'est à quel point
l'illustre sculpteur est lié au 13ème arrondissement et aux
arrondissements limitrophes. mais singulièrement au
quartier Croulebarbe. On en trouvera de nombreux
témoignages dans le beau livre de Judith CLADEL :
« RODIN », chez Grasset.
RODIN
(un nom qui signifie vraisemblablement le rouge, le
puissant) est né le 12 Novembre 1840 au N°3, rue de
l'Arbalète, presqu'à l'angle de la rue Mouffetard. Ses
ancêtres étaient des rouliers. Peut-être doit-il à ses
origines modestes sa passion du travail !
« Je suis
un plébéien », aimait-il à rappeler. Il a été baptisé
à l'église Saint-Médard et il est allé à l'école des Frères
de la rue du Val-de-Grâce où il n'apprit rigoureusement
rien. Toute la vaste culture qu'il devait acquérir par la
suite est celle d'un autodidacte. Élève à l'Ecole des Arts
Décoratifs, il dessine à la Manufacture des Gobelins, au
Muséum et au Marché aux Chevaux qui se tenait alors à
l'angle du Boulevard Saint-Marcel et du Boulevard de
l'Hôpital.
Pour gagner sa vie, il exécute des oeuvres sur commande,
par exemple les cariatides que l'on peut voir encore au
Ciné-Théâtre des Gobelins, au N° 73 de l'avenue du même
nom.
Ses parents ayant déménagé 91 rue de la Tombe-Issoire, il y
rencontre Rose BEURET, qui devait être la compagne de sa
vie et qu'il a éternisée sous les traits de MIGNON et de
BELLONE. Il habite successivement plusieurs maisons, rue
des Fossés Saint -Jacques, rue Saint-Jacques, rue des
Grands-Augustins. Il loue son premier atelier rue Le Brun.
Il en occupera un autre, 68, Boulevard d'Italie, au Clos
Payen, près de la Bièvre, dans l'ancienne
« Folie » qui avait appartenu à CORVISART, le
médecin de NAPOLEON 1er.
Faut-il penser que ces pérégrinations dans le 13ème et
autour du 13ème résultent simplement du hasard qui a fait
naître RODIN dans la « Mouffe » ? Elles
traduisent en réalité un profond attachement de l'artiste
pour le lieu de son enfance. Un de ses rêves fut d'acheter
pour y vivre, la Folie Regnault, un des magnifiques
domaines dont le 18ème siècle avait peuplé le quartier.
Presque mourant (il devait s'éteindre le 17 Novembre 1917),
il se fera porter dans la maison de ses parents, au
faubourg Saint-Jacques. Lorsque, jeune encore, il avait
fait enterrer son père au cimetière de Montrouge, c'était
bien avec l'idée de l'y rejoindre un jour. Il ne prévoyait
pas alors que sa grandeur future lui vaudrait une tombe
solitaire à Meudon dans le jardin de sa villa des
Brillants.
RODIN et MONET
Le premier
Lycée qui fut construit dans le 13ème arrondissement est le
Lycée Claude MONET. Quand on y réfléchit, cette
particularité aurait dû nous incliner d'emblée à choisir le
nom de RODIN, puisque les deux hommes furent profondément
liés dans leur vie et dans leur art.
Ce fut pour eux une grande joie de découvrir qu'ils étaient
nés la même année et le même jour, le 14 novembre 1840 (en
fait il y eut un décalage de deux jours entre la naissance
de RODIN et sa déclaration à l'état-civil).
En 1889, ils exposèrent ensemble. Et à l'Exposition
Universelle de 1900, le catalogue des oeuvres de RODIN
était ainsi préfacé par Claude MONET : « Ce que je
tiens à dire, c'est ma grande admiration pour cet homme
unique en son temps et grand parmi les grands ».
En unissant les mémoires des deux illustres artistes, nos
Lycées prolongent une grande amitié et une profonde estime.
Ils rendent aussi hommage à une époque qui fut celle d'une
immense révolution dans l'art et qu'André MALRAUX définit
en ces termes : « En deux ans, de 1839 à 1841,
naissent CEZANNE, SISLEY, MONET, RODIN, REDON, RENOIR :
pour chacun l'univers deviendra le moyen éclatant de son
propre langage. La fin dont l'acuité de la vision n'est que
le moyen, c'est la transformation des choses en un univers
plastique autonome, cohérent et particulier. Bientôt VAN
GOGH va peindre. A la représentation du monde succède son
annexion ». (Les Voix du Silence, p. 117).
L’Age d’Airain
C'est à M.
Lucien PAYE, alors Ministre de l'Education Nationale, que
notre Lycée doit l'admirable bronze érigé dans sa cour
d'honneur. Le Ministre voulut bien dégager pour cette
acquisition un crédit d'un million d'anciens francs et
charger M. l'Inspecteur Général RENARD de mener les
négociations à bonne fin. De son côté, Madame Cécile
GOLDSCHEIDER renonça généreusement à la perception de tout
droit d'auteur en faveur du Musée RODIN. dont elle est le
Conservateur.
Empruntons une fois de plus à Madame Judith CLADEL
l'étonnante histoire de l'Age d'Airain. RODIN vient
d'accomplir en Italie un voyage qui sera décisif pour
l’évolution de son art en le libérant définitivement de
l'académisme. Éperdu d'admiration pour l'oeuvre de
MICHEL-ANGE, il en revient avec la religion de tout ce qui
peut exprimer plastiquement le déchaînement des passions
humaines: le mouvement, le relief, les formes saillantes,
le « soulevé », comme il dit, l'exagération
voulue des creux et des bosses.

L’Age
d’Airain (photo M. MARTY)
Il se trouve alors en Belgique, où un jeune soldat du Génie
Auguste NEYT, obtient l'autorisation de poser pour lui.
Pendant dix huit mois, jusqu'en décembre 1876, il travaille
avec fureur à cet unique objet. « Il ne faut pas se
hâter, disait-il... il suffit qu'un artiste fasse une seule
statue pour établir sa réputation ». Grimpé sur une
échelle, il en modèle tous les profils, étudiant tous les
plans de la tête, des épaules, des hanches.
En janvier 1877, enfin satisfait de son oeuvre, il se
décide à l'envoyer à l'Exposition du Cercle Artistique de
Bruxelles. « Cette admirable colonne humaine. écrit
Madame Judith CLADEL, est la figuration du drame intérieur
qu'il vient de vivre. Pris dans le courant d'émotions
immédiates et encore récentes, (la France est encore sous
le coup de la défaite de 1870), il l'a tout d'abord
intitulée LE VAINCU, mais une fois sortie de son cerveau et
de ses mains, elle s'est animée d'une vie propre, élargie
aux proportions du symbole, et elle lui a dicté son
véritable titre : L'HOMME QUI S'ÉVEILLE A LA NATURE. »
Ce fut aussi, hélas ! l'homme qui s'éveille au scandale. Un
journal, l'Étoile Belge. accusa RODIN de n'avoir pas fait
oeuvre de sculpteur mais d'avoir simplement assemblé
habilement une série de moulages en plâtre effectués sur
nature. Protestation indignée du sculpteur ! « Si
quelque connaisseur, écrit RODIN, veut me faire le plaisir
de s'en assurer, je le mettrai en présence de mon modèle et
il pourra constater à quel point une interprétation
artistique doit s'éloigner d'une copie servile ».
Dans l'espoir d'obtenir une réparation éclatante, RODIN
envoie sa statue au Salon de Paris. Entre temps, il a
supprimé la longue pique que tenait l’éphèbe et il l’a
intitulée « L’AGE D’AIRAIN ». Mais la calomnie a
suivi son chemin. « L'ardente et fière figure, son
charme juvénile, la sève mystérieuse qui vivifie ses
formes » ne suffisent pas, écrit Madame Judith CLADEL,
à emporter toutes les convictions. En vain Auguste NEYT
propose d'exposer son corps nu à côté de la statue : il lui
eût fallu une permission spéciale difficile à obtenir. En
vain s’imposera-t’il l’épreuve du moulage sur nature :
lorsque les caisses contenant les plâtres arriveront à
grands frais à Paris, les esprits seront ailleurs, et nul
ne songera à les ouvrir.
En attendant, L'AGE D’AIRAIN n'obtient pas l'importante
récompense qui eût compensé pour RODIN le préjudice de ces
dégradantes polémiques. Ce n'est que trois ans plus tard
que l'État consentit à acquérir le bronze pour 2.200
francs, juste le prix de la fonte, et à le placer dans un
des endroits les plus reculés des jardins du Luxembourg.
Cette épreuve qui inaugurait la série de scandales qui
devait marquer la vie de RODIN comporte au moins un
enseignement. Même si l'on reste confondu devant la
stupidité des critiques de l'époque qui n'ont pas su
discerner l’abîme qui sépare le réalisme brutal d'un être
de chair et la transposition esthétique de ses formes,
c'est bien plutôt le reproche inverse que faisait quelques
années plus tard la famille HUGO à RODIN : d'avoir pris
trop de libertés avec son modèle. Et que dire de
l'audacieuse reconstitution de BALZAC qui. en pleine
affaire DREYFUS, devait soulever tant de passions !
En d'autres termes, l'AGE D’AIRAIN premier chef d'oeuvre du
sculpteur se situe comme un point de départ dans une courbe
encore loin d'être achevée ― un point de départ que RODIN
ne reniera jamais ― mais qu'il aura tendance à oublier au
profit d'oeuvres au modelé plus puissant. Oeuvre de
jeunesse donc, mais, comme telle, peut-être plus accessible
que d'autres aux jeunes dont elle symbolise tout
naturellement l'éveil aux plus hautes valeurs
intellectuelles et morales.
Mais la petite histoire a ses arcanes, qu'il est toujours
amusant de percer à jour. Si notre choix, s'est porté sur
l'AGE D'AIRAIN. ce fut aussi pour une autre raison. Une
niche avait été prévue par l'architecte pour recevoir une
statue dans le hall du Lycée. Problème : quelle oeuvre de
RODIN était appropriée aux dimensions de cette niche ? Mme
GOLDSCHEIDER voulut bien confirmer notre jugement : l'AGE
D’AIRAIN semblait fait sur mesure.
Ainsi fut exécutée à Châtillon-sous-Bagneux par le fondeur
Georges RUDIER la douzième réplique de l'AGE d'AIRAIN qui
était livrée au Lycée le 25 mai 1962. Mais au moment de
l'installer dans l'emplacement qui devait le recevoir, Mme
GOLDSCHEIDER fut saisie de remords. Convenait-il de place
l'oeuvre en pénitence, ou ne fallait-il pas. au contraire.
en faire profiter tout le quartier en la juchant hardiment
sur socle, dans la cour d'Honneur ? Car, disait RODIN qui a
parlé de « la science du plein air sculptural »,
« on n'a jamais trop de place pour présenter des
sculptures ».
Ainsi fut fait. Mais là. ne s'arrête pas la petite histoire
de notre statue. Pensez donc : un nu dans un Lycée mixte !
Audacieux, mais prudent, le Ministre avait d'abord exigé
que les Parents d'Élèves prissent l'engagement de ne pas
élever d'objection majeure contre ce choix. Il nous fallut
donc plaider la cause devant l'unique Association qui
existait à l'époque, mais la vérité nous oblige à dire que
nul n'eut l'indécence de lancer dans le débat l'ombre même
d'une feuille de vigne. Aussi bien, le fait qu'un autre
exemplaire de l'AGE D’AIRAIN trône au milieu de la Place
RODIN. face à un établissement de jeunes filles, le Lycée
Molière, eût-il pu nous dispenser de cette formalité
quelque peu dérisoire.
Le buste de RODIN

(Photo M.
MARTY)
Même avec l'AGE
d'AIRAIN, même avec les gouaches qui ornent la salle à
manger des professeurs, même avec les excellentes
reproductions photographiques, dues à M. René ADELYS, que
tous nos visiteurs peuvent admirer dans le bloc
administratif, il nous manquait encore quelque chose : une
image de RODIN qui fût digne de lui.
Tout de suite, nous avons pensé à l'oeuvre d'Antoine
BOURDELLE qui fut le disciple aimé de RODIN et lui-même
l'un des maîtres les plus prestigieux de la sculpture
contemporaine. Mais ce que nous n'aurions jamais imaginé,
lorsque nous nous sommes adressés à Madame DUFET-BOURDELLE,
fille du sculpteur, c'est qu'il lui plairait d'offrir à
notre collectivité le royal cadeau que représente le bronze
fondu par M. GODARD et installé depuis octobre 1962 dans le
hall d'entrée du Lycée.
C'est cependant ce qui advint. Désormais le vieux mage
inspiré préside, perdu dans son rêve plastique, aux allées
et venues de nos lycéens. « Que les
jeunes soient les officiants de la
Beauté »
Mais cette fois encore un malin génie prit plaisir à
détourner le buste de la niche à laquelle il était destiné.
Car, nous fit justement observer M. DUFET, venu sur place
nous faire bénéficier de sa longue expérience de
décorateur, ce buste gagne à être vu d'abord de profil, et
dans un éclairage qui en anime le modelé.
Il nous restait à faire de la niche une sorte de reposoir
de verdure et de fleurs. Il nous restait surtout à
remercier aussi dignement qu'il était en notre pouvoir les
généreux donateurs. Tel fut l'objet de la manifestation qui
se déroula Salle des Fêtes, le 28 novembre 1962. Sous la
présidence de M. l'Inspecteur Général RENARD, assisté de M.
l'Inspecteur d'Académie VILLÉGIER, et en présence de M. et
Mme DUFET-BOURDELLE. Madame GOLDSCHEIDER, Conservateur du
Musée RODIN, traça en termes inoubliables le tableau de la
vie et de l'oeuvre de RODIN. A la suite de cette conférence
était projeté le film des frères ALEKAN, « L’Enfer de
RODIN ».
Peut-être
n'est-il pas excessif de dire que cette cérémonie remplaça
l'inauguration officielle du Lycée que devait présider M.
Lucien PAYE et qui fut remise sine
die, par suite du
voyage du Ministre à Madagascar.
La tapisserie des Gobelins
Depuis la
rentrée de 1963, notre Salle des Actes, jusqu'alors
déplorablement nue, s'est enrichie d'un remarquable
tableau, dû au talent de M. André DUPONT, professeur de
dessin au Lycée, qui avait obtenu pour cette toile une
Médaille d'or au Salon des Artistes Français et qui vient
de remporter le Prix UTRILLO.
Un matin, dans
un petit port de la Méditerranée, deux jeunes gens, un
garçon de dos, une fille de profil, s'abandonnent avec
quelques autres estivants, à l'aimable torpeur des
vacances. Le soleil levant se joue sur les collines, sur
les vieilles maisons qui se mirent dans la flache du port,
sur les marins qui s'affairent dans leurs barques, sur les
chaises et les toiles du café où se tiennent les
personnages principaux. La scène, traitée sans réalisme
agressif et surtout riche d'impressions colorées, a séduit
nos jeunes à la fois par l'aimable spectacle qu'elle évoque
à leurs yeux et par la fraîcheur d'une touche qui pourrait
être celle d'un aquarelliste.
Mais si l'oeuvre de M. André DUPONT habillait
magnifiquement un de nos murs, l'essentiel restait à faire
: meubler le panneau principal qui s'étend sur plus de cinq
mètres de long. C'est alors que nous nous sommes tournés
vers notre illustre voisin : cette Manufacture des Gobelins
qui a donné son nom à tout le quartier et qui aurait pu
tout aussi bien le transmettre au Lycée.
Et c'est ainsi que, le 13 mars 1964, deux ouvriers venaient
fixer à nos murs la splendide tapisserie qui n'est pas
désormais un de nos moindres sujets d'attraction. L'oeuvre
porte la date de 1962. Le carton est de Sylva BERNT, la
lissière étant Mme BOURBONNEUX. Cette tapisserie venait de
recueillir un grand succès, au cours d'une tournée
d'exposition au Canada, dont elle évoquait justement les
paysages du Grand Nord.
Dans une forêt passe comme des ombres un troupeau de
rennes. Les bois se mêlent aux bois et un ciel étonnant
étage sur la scène ses architectures fuligineuses
annonciatrices du blizzard. A part quelques touches de
rouille, l'ensemble est traité dans une gamme qui va du
blanc au gris et aux noirs-bleutés. Quel puissant contraste
entre cette dramatique apparition et l'heureuse détente
d'un matin à Cassis !
Mais il ne suffit pas d'admirer. Quand on sait que la
Manufacture des Gobelins travaille pour l'Élysée, les
Ministères, les Ambassades, on ne saurait trop remercier M.
Gaëtan PICON, Directeur Général des Arts et Lettres, et M.
COURAL, Administrateur Général du Mobilier National et des
Manufactures des Gobelins et de Beauvais, d'avoir fait à
notre établissement le grand honneur de lui confier le
dépôt de cette tapisserie. Un honneur dont il faudra nous
montrer dignes.
Une création continue
Tout
ce que nous venons de dire en témoigne : un Lycée ne se
crée pas en un jour, et ce n'est sans doute pas demain
qu'il aura revêtu son aspect définitif.
Jusqu'ici chaque rentrée a apporté du nouveau
En 1959, mise
en service de la lère tranche (classes d'enseignement
général situées dans l'aile de la Rue Corvisart.)
En
1960, mise en service de la 2ème tranche (salles
spécialisées situées dans l'aile de la Rue des
Cordelières).
En
1961, mise en service du Gymnase et de la Salle des Fêtes.
En
1962. mise en service de l'auvent sur la cour.
En
1963, réfection du mur séparatif entre le Lycée et le
Square.
Conter dans le détail les batailles qu'il a fallu livrer
pour la moindre de ces réalisations, ce serait remplacer
cette plaquette par un épais volume. Combien d'années, par
exemple, ne fallut-il pas réclamer les bancs destinés aux
élèves autour du jardin anglais, pour finalement, en
désespoir de cause, en prélever le montant sur les fonds de
réserve du Lycée ?
A l'heure où
nous écrivons ces lignes, d'autres projets sont sur le
point de se réaliser.
En premier
lieu, le terrain vague de la rue des Reculettes va être
aménagé en stade d'appoint. Les 7 et 8 juillet 1960,
toujours sur le rapport de M. GIRAUD. le Conseil Municipal
avait décidé d'affecter les 3 220 mètres carrés de sa
surface à différentes écoles de la ville et en priorité au
Lycée RODIN. Mais des réalisations sans doute plus urgentes
avaient différé cette réalisation, qui vient enfin d'être
retenue par la Commission compétente de la Jeunesse et des
Sports.
D'autre part, les vides sanitaires dont nous avions réclamé
l'utilisation dès notre arrivée à RODIN, vont enfin être
aménagés de façon à héberger le nouveau foyer
socio-éducatif, et des cloisons amovibles pourront dégager
en cas de besoin une salle de danse de 32,50 m de long.
Les salles de
cours et les laboratoires de physique et chimie
insuffisants dès l'origine et plus encore avec la
multiplication des classes de seconde, vont être portés à
la hauteur des besoins.
Une infirmerie digne de ce nom sera installée dans
l'ancienne salle de travaux manuels féminins, déjà
transportée dans un local plus vaste et mieux éclairé. La
salle des professeurs va être agrandie. ainsi que les
douches des garçons, la loge du concierge améliorée, les
bureaux du Secrétariat munis d'un guichet, etc.
Mais à peine ces projets avaient-ils été mis au point
qu'une autre opportunité s'est présentée, avec le départ
prochain de l'usine du Contrô1e BAILEY qui occupe un
terrain de près de 3 000 mètres carrés en bordure de notre
Gymnase. Déjà M. GIRAUD a déposé au Conseil Municipal un
voeu tendant à acquérir le terrain au profit du Lycée. Déjà
les Inspecteurs de la Jeunesse et des Sports sont venus le
reconnaître, Peut-être pour y installer le bassin de
natation primitivement prévu sous le préau.
Quand on vous dit que nous vivons dans un monde en voie
d'évolution accélérée.
Les effectifs scolaires
Le nombre des
élèves a naturellement augmenté comme celui des classes. et
même un peu plus, car la demande est telle qu'il a fallu
accroître les effectifs de presque toutes les sections. Le
record est jusqu'à présent détenu par la classe d'anglais
de lère AB A'C qui, en 1961-62 a groupé 49 élèves dans un
local prévu pour 40.
Le tableau
ci-après résumé la montée des effectifs scolaires depuis la
création du Lycée jusqu'à ce jour :
|
Année de la rentrée scolaire
|
Nombre d’élèves
|
Nombre de classes
|
Moyenne par classe
|
| 1956
|
355
|
12
|
29,6
|
| 1957
|
623
|
18
|
34,6
|
| 1958
|
766
|
22
|
34,8
|
| 1959
|
1099
|
34
|
32,3
|
| 1960
|
1345
|
38
|
35,4
|
| 1961
|
1641
|
48
|
34,2
|
| 1962
|
1805
|
43
|
38
|
| 1963
|
1675
|
47
|
35,6
|
Ce dernier
total de 1. 675 élèves se décompose comme suit : 893
externes libres, 10 externes surveillés et 772
demi-pensionnaires. On remarquera le nombre relativement
élevé des élèves qui prennent au Lycée leur déjeuner (ce
qui nécessite deux services et représente à peu près la
capacité de production maxima de nos installations) : la
plupart habitant à proximité de l'établissement, il faut en
conclure, ou bien que le travail de la mère de famille ne
lui permet plus d'assurer le repas de midi, ou bien (et
peut-être simultanément) que la cuisine du Lycée est
appréciée à sa juste valeur. Par contre, le total des
externes surveillés apparaît d'autant plus faible que très
peu de demi-pensionnaires (72) les rejoignent à l'étude,
alors que ces derniers pourraient le faire sans bourse
délier : faut-il penser que les familles estiment dans
presque tous les cas suffisantes les conditions de travail
qu'elles peuvent assurer à domicile à leurs enfants ? On
aimerait croire que telle est bien la réalité…
Mais, revenant à l'effectif total des élèves, on notera
surtout que la cote de sécurité est dépassée depuis 1960,
puisque, lorsque fut accordé le permis de construire, ce
fut sous la condition suivante: « limiter à 1.400 le
nombre des élèves admis dans l'établissement »
(1). Et même, si
l'on respectait l'ancienne norme - 10 m2 par élève - le
Lycée ne devrait en accueillir que 1 260. Pourtant, à
partir de 1963, sous l'effet de nos protestations,
appuyées par les Associations de professeurs et de
parents d'élèves, s'amorce, timidement encore, un
renversement de la tendance. Ira-t-il jusqu'à nous
restituer cet effectif d'environ 500 élèves qu'une
circulaire de M. MONOD. Directeur de l'Enseignement du
Second degré au lendemain de la Libération, considérait
comme le nombre optimum ? Dans les circonstances
actuelles, il serait sans doute imprudent de le fixer
comme un objectif à court terme.
Origine des élèves
Pour reprendre
la nomenclature des rapports administratifs. voici comment,
en 1961-62, se répartissaient les 1. 579 élèves de RODIN,
eu égard à leur origine sociale :
|
Agriculteurs
|
1
|
|
Salariés
agricoles
|
0
|
|
Industriels
|
42
|
|
Commerçants
|
215
|
|
Artisans
|
39
|
|
Professions
libérales supérieures
|
279
|
|
Cadres
moyens
|
340
|
|
Employés
|
353
|
|
Ouvriers
|
181
|
|
Personnel
de service
|
22
|
|
Rentiers
|
44
|
|
Autres
catégories
|
63
|
En
ce qui regarde leur provenance scolaire, voici pour ces
mêmes élèves. les établissements d'origine :
|
Classes
primaires (entrée en 6e)
|
234
|
|
Collèges
d’enseignement général (entrée en 2e)
|
37
|
|
Enseignement
technique (changement d’orientation)
|
2
|
|
Enseignement
privé (après examen)
|
17
|
|
Classes
du Lycée Rodin
|
1289
|
|
|
dont 540
venant des sections classiques,
|
|
|
594 des
sections modernes,
|
|
|
155
redoublants
|
Quant à l’origine géographique, elle était la suivante :
| 13e
arrondissement
|
899
|
|
14e
|
157
|
|
5e
|
152
|
|
Autres
arrondissements
|
92
|
|
Ivry
|
43
|
|
Villejuif
|
37
|
|
Le
Kremlin-Bicêtre
|
31
|
|
Montrouge
|
25
|
|
Vitry
|
25
|
|
Gentilly
|
19
|
|
Bagneux
|
13
|
|
Champigny
|
11
|
|
Autres
communes
|
75
|
Enfin, la répartition par sexes s'établissait comme suit :
454 filles
1 125 garçons.
Quelles
réflexions peuvent suggérer ces chiffres ?
On remarquera tout d'abord le caractère relativement
modeste des milieux où s'opère notre recrutement. Le Lycée
RODIN n'est pas un Lycée de snobs. Et c'est certainement ce
qui explique ― autant que le climat libéral qui y règne ―
que nous n'ayons jamais connu jusqu'à ce jour de graves
difficultés de discipline.
D'autre part, le Lycée tend à recruter ses élèves sur place
: dans le nord du 13ème arrondissement, le sud du 5ème et
le nord-ouest du 14ème. Le temps n'est plus où on allait au
Lycée de son choix : on va tout simplement au Lycée de son
quartier.
On peut enfin
se demander si la proximité de Claude MONET, aussi
longtemps que ce Lycée se voudra exclusivement féminin,
permettra d'améliorer sérieusement à RODIN la proportion
des filles (2). Une
circulaire du 3 Juillet 1957 déclare pourtant que la
gémination exige des « effectifs équilibrés »
entre garçons et filles. En ce qui nous concerne, nous
ne pouvons que regretter ce déséquilibre entre les
sexes, puisque, sur presque tous les plans, l'expérience
de la « mixité » semble s'avérer bénéfique.
Le personnel
Quand s'ouvrit
l'annexe des Cordelières, 18 professeurs suffisaient à
assurer le service ; nous en totalisons aujourd'hui 104.
Toutefois, ce nombre ne doit pas faire illusion, car la
pénurie des maîtres est telle dans certaines disciplines,
par exemple les Sciences physiques ou les travaux manuels
que deux, trois ou même quatre personnes sont parfois
nommées sur un même poste, chacune ne pouvant nous accorder
que quelques heures d'enseignement.
D'autre part, il est au moins une catégorie de personnel
dont l'accroissement numérique n'a nullement suivi celui
des effectifs scolaires : nous voulons dire les
surveillants d'externat. Mais à vrai dire n'est-ce pas
plutôt la configuration de l'établissement qui devrait
déterminer les points de surveillance dans nos 1 800 mètres
de couloirs, larges parfois de 1,55 m ?
Enfin. il paraît difficile de ne pas souligner la
féminisation croissante du personnel. Chez les professeurs
par exemple. la proportion des femmes qui n'atteignait pas
28% à l'origine, dépasse désormais 57%, c'est-à-dire tout
le contraire de ce que l'on peut constater chez les élèves
(seulement 34,3% de jeunes filles). Peut-être est-ce
l'occasion de rappeler que la circulaire ministérielle du 3
juillet 1957 signalait comme condition favorable à la
gémination « une proportion convenable d'hommes et de
femmes dans l'encadrement des élèves. »
Quant au nombre
des titulaires, on pourra l'établir dans la liste
ci-dessous, où leur nom sera suivi d'un astérisque (*).
L'administration comprend :
le Proviseur, M. DEIXONNE * ; le Censeur, Mme SAINT-JEAN
PAULIN * ; trois Surveillants Généraux, M. KHlARI, Mme
MOYSE *, M. SANCHIS * ; l'Intendant : M. LABRUNIE * ; la
Sous -Intendante : Mme MARTY * ; les Adjoints des services
économiques : Melle GIRAULT *, M. KLEBER * .
Le secrétariat est assuré par deux rédactrices: Mme
VITTECOQ * (Secrétariat du Proviseur) et Mme SEGUIN *
(Secrétariat du Censeur), Mme BRUGEL*, Mme ESCLANGON*, Mme
KELLER * (Secrétariat général), Mme LECLERC (affectée au
Service de la Documentation)' et Mme TAILLANDlER *
(détachée à l'Intendance ).

Quelques-uns
des professeurs de l’année scolaire
1958-1959
Les
Professeurs se répartissent comme suit :
Mathématiques :
Mme AVIGNON, Melle BARROIS *, Mme CAUBET *, M. COLLOT *, M.
GOZY, M. HIGELIN, Mme LABORIE *, Melle LECOLTIE *, Melle
LODS *, Mme OKAL *, Melle PHILIPPE *, M. ROUMANET *.
Sciences physiques :
M. AUGER, M. BACELON, Melle DUCLOS *, Melle GHIDINA *, Mme
GOURDON, M. GUY, M. LEZIN, Melle MOUTON *, Mme SELLIER *.
Sciences Naturelles :
Mme BILLARD *, Mme BUVAT *, Melle MOREAU*, Mme RENNESSON *,
Mme TRICHET *.
Philosophie :
M. BOURGNE *, Melle CHASSEUR *, M. GUERRE.
Histoire et géographie :
M. ARVEILLER *, Melle ATTALI *, Melle BIREAUD *, Melle
BOUGAIN, Melle BRELINGARD, M. HAUREZ *, M. HEMERY *, Mme
LEVASSEUR *, Mme MANACH, Melle QUINSAT *, M. TOURNAIRE *
Lettres classiques :
Mme BONNEAU *, M. BOURGEOIS *, Mme CHANTEMERLE, Mme COLLOT
*, M. DANROC *, Melle DIRIE *, M. GARNIER *, M. LAUBREAUX
*, M. LUCCIONI *, M. MARION *, M. MORALES, M. NANICHE,
Melle PARGUEY, Mme PREDINE *, Mme QUERNEAU *, M. SAURET.
Lettres Modernes :
M, DEMURGER *, Mme FRASSATI
, Mme GRANDET *.
Allemand :
Melle BLANCHET, Mme DURAND *. M. JAEGER *, Melle LESAGE *,
Melle PELLERIN, Melle SENIL *.
Anglais :
Melle BENIER *, M. BOREL *, Mme BOUSCAREN *, M.
BOUSCAREN
*, M. GAUDEMER *,
Mme KEPEL *. Melle MILET, M. PEPIN, Mme PETIT *, M.
QUEMENEUR *, M. SAUCIER.
Espagnol :
M, COUFFON, Melle LESCURE *, Mme RIVAULT *.
Russe :
M, de LABRIOLLE *, Melle RIBEYROL.
Dessin :
Melle AZAIS, M. DUPONT *, Mme RAFFI *.
Education Musicale :
M. CADOUX *, Mme CONRY *
Travaux manuels
:
M. BELNY, Mme DOUCET, M. DUPUY, Melle FONTANES, M. MEREAU,
Mme PAUZAT *
Education
Physique :
M. AJELLO, M.
CROCHE *, M. DI BELLA *, M. FAYOT *, Mme FOUERE *, M.
GUILLAUME *, Mme HUCHON *, M. IMBERT *, M. LE GAD *, Mme
LOUBIGNAC *, M. MARZIN, Mme PINTURAULT *, M. VIEILLARD.
A cette liste,
il y a lieu d'ajouter deux Professeurs qui, ayant pris leur
retraite au Lycée RODIN, y ont reçu le titre de Professeurs
honoraires et font toujours partie de notre collectivité :
M. DIENY (Histoire et Géographie) et Mme LAMBERT (Lettres
modernes).
Mais les Professeurs sont loin d'épuiser la liste du
personnel de l'établissement.
Adjoints
d'enseignement :
M. CARTIER, Mme
CAUCHE (qui supplée un Surveillant général en congé de
maladie). Mme JOLIVET (chargée de la Bibliothèque des
Professeurs et de l'étude des petits), Mme HORN (affectée à
la Bibliothèque des Élèves), Mme WORMSER (Service de
Documentation).
Service
Médico-social :
Mme RENARD *, médecin, Mme PIERSON *, Assistante
sociale (3).
Assistants de
langues étrangères :
Melle BUSCH.
pour l'allemand, M. BENNET (Néo-Zélandais) et M. LEVNO
(Américain) pour l'anglais, M. SANZ pour l'espagnol Mme
SOLOVIEFF, pour le russe.
Surveillants
d'Externat :
M. BERGER. M. CAUZINILLE, M. CONTARD, Melle DEGOUD, Melle
DELOBEL, M. FlNZI, Melle GAYET, Melle GRISON, M. GUINOT,
Melle LE BLOND, M. LELLOUCHE, Mme LERONDEAU, M. LESCURE,
Melle MARCOMBE, M. MEDDEB, M. MICHELET, Mme NICOLAS, Melle
PETILLON, M. TULIPE.
Surveillants de Demi-Pension :
M. BEROLATTI, Melle CAUCHE, M. COUTURIER, M. DITTOO, M.
FENNETAUX. M. GIRARD, Melle KELLER, Mme OURDANI, M.
RAMANBASON, M. TERRAL, M. TOUREL.
Agents :
M. LE POTTIER
*, Agent-Chef, M. PETIT *, Chef-cuisinier M. VIGON *,
second de cuisine, M. ALLANIC *, factotum, M. FOURNIAL *,
ouvrier-spécialiste, Mme PUCCINI *, infirmière-lingère, Mme
ALLANIC * et Mme HAUMAITRE *, aides de Laboratoire, M.
PRIGENT *, Concierge-Vaguemestre.
Sont
en outre Agents non spécialistes :
Mme ANDRES *,
Mme BRUNEAUX, Mme COEURTON, M. COULON, M. DEROIN *, Mme
DEROIN *, Mme DOREAU *, M. FIGUERAS *, Mme FIGUERAS, Mme
FRADIN *, Melle FRANC *, Mme HANOCQ *, Mme HENRY, M. JEGADO
*, Mme JUINO, Melle KAICHINGER, Mme LANGLOIS, Mme LE
POTTIER *, Mme LOUESDON *, Mme LOUSTALOT *, Mme MILLION *,
M. MORICE, M. OLLIVIER *, Mme PETIT*, Mme PRIGENT, Mme
ROUSSEL *, M. URIEN *, Mme URIEN.
Si l'on ajoute
à cette liste les aumôniers (M. le Rabbin ABITBOL,
israëlite ; M. le Pasteur GALICHER, protestant ; M. l'Abbé
SINOIR, catholique), voilà très exactement 203 personnes
affectées (en totalité ou en partie) au service de 1 675
élèves. Est-ce qu'il n'y a pas un enseignement à tirer de
ces chiffres? Est-ce que chacun de nos élèves ne devrait
pas se considérer comme privilégié. notamment dans un
quartier où tant d'enfants sont encore abandonnés à
eux-mêmes ? Est-ce qu'enfin nous ne sommes pas fondés à
exiger un rendement minimum d'un appareil aussi onéreux
pour le contribuable lors même qu'il apparait encore fort
au-dessous des besoins immenses et trop généralement
insoupçonnés qui sont ceux d'une véritable éducation de nos
jeunes ?

On
trouvera sur ce plan, dressé par Mlle GIRAULT et
photographié par M. MARTY, la répartition des salles de
classe.
Rappelons que les salles d’enseognement général sont
situées rue Corvisart, les salles spécialisées rue des
Cordelières, le préau formant charnière entre les deux
ailes du bâtiment principal.
QUELQUES INSTITUTIONS OFFICIELLES
Rares
sont probablement ceux de nos lecteurs qui savent avec
précision comment se gère un Lycée d'Etat. Mais peut-être
n'est -ce pas le lieu de nous livrer à un cours de droit
administratif. Aussi nous contenterons-nous de quelques
indications sommaires.
Il existe tout
d'abord un Conseil d'Administration chargé essentiellement
de voter le budget du Lycée (environ 500.000 francs) et
d'en surveiller l'exécution.
Ce Conseil
comprend trois groupes de membres :
Des membres de droit:
Le Recteur de
l'Académie de Paris, Président (M. ROCHE) ; le Préfet de la
Seine (M. HAAS-PICARD), l'Inspecteur d'Académie chargé du
secteur (M. VILLEGIER). le Maire du 13ème arrondissement
(M. AVISSE), le Proviseur (M. DElXONNE). le Censeur (Mme
SAINT-JEAN PAULIN), le Surveillant Général le plus ancien
dans ses fonctions (Mme MOYSE), l'Intendant (M. LABRUNIE),
le Sous-Intendant (Mme MARTY). le Chef du Service
départemental de la Jeunesse et des Sports (M. BARTEL),
l'Inspecteur régional de la Santé scolaire (Dr. AUREGAN),
l'Inspecteur de l'Enseignement technique adjoint à
l'Inspecteur d'Académie (M. BARRE).
Des membres
élus par trois collèges électoraux différents :
des Professeurs
: Mme BUVAT, M. COLLOT, M. DEMURGER. Mme KEPEL, Mme
LOUBIGNAC, M. QUEMENEUR.
des
Surveillants : M. CONTARD (4).
un Agent :
M. LE POTTIER.
Des membres
désignés :
M, BERTHET,
chargé de la Formation Professionnelle au Commissariat à
l'Energie Atomique ; Mme. DENIAU qui représente les
Associations Familiales ; Mme FERON, qui participe à la
Direction d'une fabrique et d'un commerce de chaussures ;
Mlle GACHARD, Chef de service au Bureau central d'Etudes
pour les équipements d'Outre-Mer; M. GUTFREUND, Président
de la Commission de laiterie du Syndicat de la crémerie de
la Région parisienne, M, LAPORTE, Inspecteur des
Contributions Directes, Président de l'Association des
Parents d'Elèves du Lycée RODIN.
Comme on le
voit, il s'agit là d'un organisme assez lourd dont le
Proviseur se contente de réunir la "section permanente"
chaque fois qu'une décision d'ordre mineur n'exige pas que
le Conseil d'Administration siège en totalité.
Cette section
permanente comprend le Proviseur, le Censeur, l'Intendant,
le Surveillant Général le plus ancien dans ses fonctions,
enfin les représentants élus du personnel enseignant, du
personnel
de surveillance
et des agents. En d'autres termes la section permanente ne
retient que les membres du Conseil d'Administration faisant
partie du personnel de l'Etablissement.
Cette section
permanente exerce par ailleurs deux autres fonctions fort
importantes :
En tant que
Conseil Intérieur du Lycée, elle veille en quelque sorte
sur sa santé morale. Elle s'adjoint alors trois élèves élus
par leurs camarades et qui sont actuellement : Jean-Pierre
VIETTI, de Math-Elem. II, représentant les élèves de 1ère
et classes terminales, Jean-Luc BRILLOUET, de 2ème M 2,
représentant les élèves de 3ème et 2ème, Claude ALZIEU, de
4ème M 3, représentant les élèves de 6ème, 5ème, et 4ème.
Une des tâches du Conseil Intérieur est de gérer la Caisse
de Solidarité qui nous a rendu déjà bien des services et
qui a notamment permis de parrainer pendant des années
difficiles l'école algérienne de Tiaret.
Enfin, en tant
que Conseil de Discipline, la section permanente statue sur
les affaires d'une gravité exceptionnelle. Elle est alors
assistée, à titre consultatif, par Mme PIERSON, Assistante
sociale, par Mme DENIAU, représentant les Parents d'Elèves,
enfin par un des élèves membre du Conseil Intérieur, celui
qui est concerné par l'affaire en cours.
Nous sera-t-il
permis d'exprimer le souhait que les réunions de ce dernier
organisme, déjà fort rares, disparaissent complètement de
notre emploi du temps ?
AUTOUR DU LYCEE
Un
jour viendra où tout établissement scolaire, au lieu de
mener une vie étriquée, peureusement repliée sur elle-même,
sera largement ouvert sur le monde extérieur et exercera,
dans toute sa sphère d'influence, le rayonnement culturel
conforme à sa mission.
Il faut
pourtant convenir que PARIS est naturellement plus riche en
possibilités de toutes sortes que beaucoup de localités
provinciales et que par ailleurs un Lycée d'externes ne
dispose pas de l'organisation et du personnel qui lui
permettraient d'ouvrir ses portes à la population après les
heures de classe.
Compte tenu de
ces difficultés. il a cependant été possible de tenter avec
notre Gymnase une expérience du plus haut intérêt.
Renonçant provisoirement à certains travaux pourtant
indispensables (revêtement du sol des couloirs, pose de
bancs de déshabillage) nous avons accepté qu'une partie de
nos crédits fat détournée au profit de la construction
d'une entrée spéciale dans la rue des Cordelières et d'une
loge destinée à un concierge de la Ville de Paris, afin de
permettre aux équipes sportives du quartier de profiter de
nos installations pendant les heures où elles n'étaient
plus utilisées par les scolaires. A cet effet, nous avons
passé avec la Ville un contrat qui paraît donner entière
satisfaction aux usagers. De notre côté, l'expérience n'a
entraîné jusqu'ici aucune difficulté majeure.
D'autre part,
le Lycée est de temps en temps le théâtre de manifestations
que nous voudrions ne pas rendre inutilement tapageuses,
mais dont il nous arrive de déplorer qu'elles n'aient pas
parfois toute l'audience qu'elles mériteraient. A vrai
dire, n'est-ce pas déjà tout un problème pour un chef
d'établissement de communiquer utilement avec tous les
membres d'une collectivité d'environ deux mille personnes ?
A cet égard notre organisation se perfectionne sans avoir
encore trouvé une forme pleinement satisfaisante.
Deux
Associations de Parents d'Elèves ont jusqu'à présent vu le
jour : « l'Association des Parents d'Elèves du Lycée
RODIN » (adhérant à la Fédération Nationale des
Associations de Parents d'Elèves des Lycées et Collèges
Français), qui fut successivement dirigée par MM. RIGAUX et
PANIE au temps de l'annexe et qui est présidée par M.
LAPORTE depuis que le Lycée est devenu autonome ;
« l'Association Laïque des Parents d'Elèves du Lycée
RODIN » (adhérant à la Fédération des Conseils de
Parents d'Elèves des Ecoles Laïques) sous la présidence de
M. OTTAVY.
De leur côté,
nos anciens élèves. à peine sortis du Lycée. ont tenu à
s'organiser en une « Association Amicale des Anciens
Elèves du Lycée RODIN », présidée par Didier ADES,
mais qui n'a pas pu être déclarée dans les formes légales
étant donné le jeune âge des participants...
Le
personnel dispose depuis le début d'une Amicale, présidée
par M. BOURGEOIS. Cette Association présente l'originalité
de grouper sans exception aucune, toutes les catégories du
personnel. Si notre Lycée commence à être connu par son
atmosphère agréablement détendue. c'est en grande partie à
l'Amicale et à son Président que nous le devons.
Deux
Associations sportives se sont constituées. L'une destinée
au personnel, pratique la gymnastique féminine et
masculine, le foot-ball association, la pétanque et le
tennis. L'autre. celle des élèves, s'adonne à l'athlétisme,
au basket-hall, au volley-ball, au hand-ball, au foot-ball
association, au rugby, à la natation. Entre les deux, des
tournois sont parfois organisés, notamment à l'occasion de
la traditionnelle journée Omni-Sports. Contrairement à ce
qu'on pourrait croire, les élèves ne sont pas toujours
gagnants.... (5).
Dès
le 22 Avril 1959, une Coopérative scolaire était organisée
au Lycée. Son but est de financer nos Clubs culturels et
récréatifs et de servir de trait d'union entre eux,
d'embellir le Lycée et d'améliorer son matériel, de
resserrer les liens de solidarité entre tous les membres de
notre collectivité, de contribuer à la formation civique et
morale des jeunes. Nous pensons que ces objectifs sont,
dans une large mesure, atteints. La Coopérative s'est créé
des ressources autonomes. les principales étant le produit
des fêtes scolaires et de la vente de petits pains. Elle a
pu ainsi acquérir, entre autres choses, deux pianos, du
matériel audiovisuel, de nombreux livres pour la
bibliothèque des élèves, toutes sortes de gravures,
tableaux, fleurs et plantes vertes. Les élèves participent
activement à la gestion de la Coopérative à parité avec les
adultes et tout récemment ils nous ont agréablement surpris
en repoussant avec beaucoup de décision la proposition qui
leur était faite de se réserver désormais le monopole de la
gestion.
Quant aux
Clubs, une bonne vingtaine fonctionnent, très différents
les uns des autres. Qu'ils nous pardonnent de nous
contenter ici d'une sèche énumération : Académie de
philosophie, Bridge-Echecs. Cercle Littéraire, Ciné-Club,
Collège mathématique, Danses Folkloriques, Dessin, Etude du
lancement des fusées, Histoire de l'Art, Jazz (trois
orchestres pour l'instant, dont un a commencé à enregistrer
chez Pathé-Marconi), Jeunesses Musicales de France. Journal
« Le Cordelier », Orchestre de musique classique,
Prises de vues cinématographiques, Reliure, Revue du Lycée,
Tennis, Théâtre (deux troupes cette année, et de quelle
qualité !)
Tout celà
n'épuise pas nos activités para-scolaires. M. DIENY
continue à sélectionner chaque année un groupe d'élèves
s'intéressant particulièrement à l'archéologie et
susceptibles de suivre avec profit les visites commentées
du Louvre. Avec le concours de la Coopérative qui fournit
dans bien des cas le matériel, des cours payants sont
organisés en danse classique, danse expressive moderne,
escrime, judo, piano et tennis.
Par ailleurs,
en accord avec le Comité Angevin d'Organisation de Colonies
de Vacances Laïques, le Lycée propose chaque année aux
enfants de moins de quinze ans un séjour à la mer et à la
montagne dans les Pyrénées Orientales et en Espagne à des
prix qui défient toute concurrence. Pour les plus de quinze
ans, c'est l'Association Régionale des Oeuvres
Périscolaires Culturelles et Educatives de l'Académie de
Paris qui se charge de présenter un programme aux
intéressés, le Lycée RODIN ayant d'ailleurs été chargé de
recueillir les inscriptions pour tout le 13ème
arrondissement et la banlieue Sud. D'autre part, des
vacances de neige sont régulièrement organisées par Mme
LOUBIGNAC, en France ou en Autriche, tandis que M.
BOUSCAREN continue à emmener des groupes d'élèves en
Angleterre, et M. SANZ en Espagne.
Finalement,
l'idée a été lancée par M. l'Inspecteur Général GALLI de
fédérer toutes les Associations existantes et celles qui
pourraient naître encore dans un « Foyer
socio-éducatif » dont les statuts ont été adoptés en
Assemblée Générale le 6 Mars 1964. Il est encore trop tôt
pour juger l'apport de cette structure nouvelle. Disons
simplement que le Proviseur se demande parfois si, à côté
de la machine à fabriquer les bacheliers, il ne se trouve
pas à la tête d'un second établissement scolaire.
UNE DISCIPLINE LIBERALE
L'histoire
de la discipline au Lycée RODIN peut schématiquement se
réduire à trois phases.
Au temps
bucolique de l'annexe, M. CHARLY et ses premiers
collaborateurs surent y développer une atmosphère heureuse,
dans un style que l'on pourrait qualifier de familial et
d'artisanal, tout le monde se connaissant et s'efforçant de
coopérer de bonne grâce à l'oeuvre commune.
Puis
les effectifs ont augmenté. C'est la période délicate où
certains se croient tenus de choisir entre la caserne et
l'anarchie. Fort heureusement, il est une troisième
solution: celle d'une discipline librement consentie. C'est
à elle que très résolument nous nous sommes attachés en
créant les institution qui intègrent les élèves dans la
gestion de leur établissement. Mais les effectifs ont
continué à s'accroître, et à un rythme tel qu'une lutte est
maintenant engagée entre ces institutions dont la
bienfaisance n'est plus à démontrer et l'implacable loi du
nombre. Verrons-nous triompher l'anonymat, synonyme
d'irresponsabilité ? L'école où l'on éduque cèdera-t-elle
le pas à l'usine où l'on bachote ? Le pédagogue
disparaîtra-t'il au profit du garde-chiourme ?
Les paris sont
ouverts. Un optimisme incoercible nous interdit de renoncer
à une politique de libéralisme dont on peut parfois se
demander si elle ne relève pas d'un autre âge. Mais
décidément, il ne nous paraît pas possible de restaurer des
pratiques aussi dégradantes que celle de la
« colle » et de tout ce qui s'apparente, de près
ou de loin, à un châtiment corporeL Il faut seulement qu'il
n'y ait pas malentendu entre les familles et
l'administration sur le prix de ce système. Là où sévit le
régime des retenues, il est admis qu'un cancre peut les
accumuler autant qu'il y a de dimanches dans l'année. Nous
avons même connu un élève qui se vantait d'avoir
« eu » le Proviseur, parce qu'il avait
collectionné plus de retenues qu'il n'y avait de
« jours de colle » disponibles.
Rien de tel à
RODIN. Ici on estime que les vacances sont faites pour se
reposer comme les jours ouvrables pour travailler. Et c'est
à prendre ou à laisser. Nous ne dressons pas d'adjudants
pour hurler sur les chausses de nos élèves. Nous demandons
à nos disciples de faire très tôt l'apprentissage de la
liberté. S'ils se sentent une âme de forçat, ils trouveront
bien ailleurs quelque bagne plus conforme à leurs voeux.
RELEVE AU PALMARES
Dès
1960, le jeune BUJON Jean-Louis, alors élève de 3ème M1,
dans la classe de M. FERRO, se classait 1er de sa catégorie
pour toute la France au Concours de la Journée Européenne.
Mais c'est
seulement en 1962 que, pour la première fois, des élèves
ayant accompli la totalité de leurs études secondaires dans
l'établissement ont affronté l'épreuve du baccalauréat,
dans les sections qui constituaient alors la première
partie de l'examen.
Voici les
résultats qui furent enregistrés :

Ce sont là des résultats pour le moins honorables,
notamment dans la classe de 1ère C1 qui s'est octroyé le
record des succès, avec 26 élèves reçus sur 29, soit 89,6 %
dont 3 mentions bien (BEAUGAS Christian, BIGARD
Jean-Pierre, CARSENAT Jean-Paul) et 3 mentions assez
bien.
L'année
suivante, en 1963, le record devait être détenu en 1ère par
la classe de 1ère M4 M'l (85,7% de succès à l'examen
probatoire et en terminales par la classe de Philosophie
(81 % de succès, dont 1 mention bien : JACQUlN Pierre, et
10 mentions assez bien).

A la
colonie de vacances du Lycée. montée à FONT-FREDE au-dessus
de CÉRET, à 1100 mètres d’altitude.
Photo communiquée par M. LEBŒUF

Quelques-uns
de nos sportifs photographiés par Mlle GIRAULT dans la cour
d’Honneur du Lycée.
De gauche à droite : Mlle PERROUX (5ème M1), MM. GROSGEORGE
(Sc. Exp.), GUSTIN (Philo 1), GERTH (Philo 1), TRUBERT
(Philo 1)
Sur le plan culturel, un de nos succès les plus flatteurs
fut obtenu par le groupe théâtral animé par Mme KEPEL et M.
LAUBREAUX. Sélectionné pour représenter la France au
concours dramatique scolaire international d'Amsterdam, en
décembre 1962, il y remporta trois prix : celui de mise en
scène avec Jean-Louis SACKUR ; celui d'interprétation
masculine avec Emmanuel GARAND, celui d'interprétation
féminine avec Sylvie LEONARD. Et, ce qui n'est pas moins
méritoire, la parfaite tenue de nos jeunes artistes nous
valut les éloges de l'Ambassade de France à La Haye et du
Ministère de l'Education Nationale.
Dans le domaine sportif, les lauriers sont peut-être plus
abondants encore. Contentons-nous de relever les Champions
de l'Académie de Paris.
En 1959-60, nos
Benjamins l'emportent en basket-ball avec BECK, BORLANT,
GRAS (capitaine), GUIGUI, LOUIS, NAYIR, RIGAULT et SEBOK.
Professeur: M. LIGNOT.
En 1960-61, les
Benjamines triomphent à leur tour, toujours en basket-baIl,
avec Melles BOYNARD, FLETY, KATZ, LANÇON, MAHE, MIMOUNE
(capitaine), PETIT. Professeur: Melle LECLERC.
En 1961-62,
c'est en rugby éducatif, catégorie minimes, que le Lycée
RODIN est champion d'Académie, avec BARBEY, CHENAL,
FERDINAND, FONTANILLE, GERMA, LACHAISE Claude (capitaine),
LACHAISE Daniel, MlNlERE et MONS. Professeur: M. ROY.
La même année,
nos filles enlèvent en volley -ball le critérium de Paris,
avec Melles BUISSON, CADERAS, DALFORT (capitaine), DAOUD,
FAVRE, GALLIOT et GARDET. Professeur: Mme FOUERE.
D'autre part, GROSGEORGE est sélectionné dans l'équipe de
Paris qui devait gagner le match Seine-Brabant, à
Bruxelles, le 7 Mars 1962. GUILLE obtient la 7ème place au
Concours Général d'Education Physique. Enfin, GUSTIN, déjà
champion d'Académie l'année précédente, s'octroie le titre
de champion de France des 1.000 mètres, catégorie cadets
dans le temps de 2'35"4/10 ; Professeur: M. VIEILLARD.
Bien entendu,
la série continue en 1962-63 : les cadettes, entraînées par
M. VIEILLARD, gagnent la Coupe Marie CURIE en hand-ball,
tandis que les minimes, sous la direction de M. GUICHARD
enlèvent le critérium de Paris en rugby.
Aux
championnats de France, nous relevons notamment les places
suivantes :
Martine
PERROUX, 3ème en natation aux 100 m. des benjamines
Professeur : M. AJELLO.
Didier GUSTIN
6ème en course à pied. 1.500 ID, juniors. Professeur: M.
GALY.
Francis TRUBERT déjà champion de l'Académie de Paris, 7ème
en saut en longueur. Pr. M. GALY.
Que sera-ce
quand le Lycée aura sa piscine et son stade ?
PERSPECTIVES D'AVENIR
Dans
la période de refonte complète que traversent nos
institutions scolaires et qui ne nous a pas laissé un
moment de répit depuis la fondation du Lycée. peut-on du
moins imaginer vers quel avenir lointain il se dirige ?
Déjà, il nous a
été proposé d'y ouvrir des classes préparatoires à
certaines grandes écoles (Hautes Etudes Commerciales et
Ecole Nationale Supérieure d'Ingénieurs). Nous avons
refusé. Pourquoi ?
Tout d'abord,
nous ne croyons pas honnête de multiplier le nombre de
candidats quand celui des places disponibles n'est pas
corrélativement accru, C'est pour nous une question de
conscience de conduire nos jeunes gens dans une impasse.
Que l'Etat français cesse une politique malthusienne qui ne
répond pas aux besoins des sociétés modernes en cadres
supérieurs, nous verrons alors ce que nous avons à faire.
Par ailleurs,
notre Etablissement est ainsi conçu qu'il dispose d'une
unique cour de récréation. Cela nous crée bien des
problèmes, par exemple une interdiction générale de fumer
qui ne se justifierait pas pour les grands s'ils
disposaient d'un terrain en propre. N'est-ce pas accroître
singulièrement nos difficultés que de juxtaposer des
bambins de dix ans avec des étudiants dont certains auront
dépassé. cette fois l'âge de la majorité ?
A vrai dire,
une solution se présente aussitôt à l'esprit : supprimer
les classes du 1er cycle et ne garder les élèves qu'à
partir de la seconde jusqu'au baccalauréat et aux classes
préparatoires à l'Enseignement supérieur. Rien à objecter,
cette fois, sur le plan de la logique. Une telle
métamorphose s'inscrit parfaitement dans le plan de réforme
de l'enseignement telle que l'avait conçue la Commission
LANGEVIN -WALLON. Si ce plan se réalise, il ne nous restera
plus qu'à pleurer sur le départ de ces enfants de 6ème, si
touchants à leur arrivée de l'école primaire, si réceptifs
aussi longtemps que nous n'étions pas arrivés à les
corrompre, à pleurer aussi sur le destin d'un établissement
manifestement conçu pour aller de la 6ème aux classes
terminales, et où les démolisseurs se mettront à taper dans
le ciment encore neuf pour faire place aux laboratoires
nécessaires aux grands élèves et que notre impéritie n'aura
pas su prévoir.
Ainsi va le
monde. Par évolution lente ou par à-coups ; il est bien sûr
qu'une maison comme celle-ci ne se crée pas en un jour.
Nous nous sommes efforcés d'y travailler de notre mieux.
Bonne chance à ceux qui, un jour prochain, recevront à leur
tour le flambeau.
______________
En
guise de Post-Scriptum
Les lignes
qu'on vient de lire, rédigées « sur le tas »,
comportent certainement de regrettables lacunes, peut-être
même des erreurs plus regrettables encore.
Puis-je compter
sur l'obligeance du lecteur averti pour me faire part de
ses observations en vue d'une éventuelle réédition? Merci.
11 Mai 1964
M.D.
La vraie
Bièvre à Jouy-en-Josas.
Mais qu’en adviendra-t’il si des constructions
d’automobiles, de grands ensembles destinés à l’habitation,
une usine de traitement
des ordures — tous projets actuellement à l’étude –
viennent polluer ce qu’il en reste
?
Retour haut de page
Retour à la page
« Rodin et avant ? »
NOTES
1.
Exigence formulée par le Service d’Hygiène et de la
Sécurité Publique, rapport du Préfet de Police au
Ministre de l’Éducation Nationale le 15. 2. 1958.
Retour
2. Elle progresse pourtant, mais
lentement :
10,4% en 1956
13,8% en 1957
19,5% en 1958
20,9% en 1959
25,0% en 1960
28,6% en 1962
34,3% en 1963.
Retour
3. Ce serait
manquer à un devoir de reconnaissance de ne pas signaler
les services bénévoles
que nous
rend Melle CESCHINI, Conseiller-psychologue, à raison de
deux séances par semaine, depuis la fin de la précédente
année scolaire. Retour
4. Cette
catégorie devrait être normalement représentée par 3
élus. L'élection a eu lieu à une époque où le personnel
n'était pas au complet et se connaissait à peine. Un
seul nom est sorti de l'urne. Retour
5. Les
couleurs de l'Association Sportive des élèves sont,
depuis le début, le vert et le blanc. Le blason fut
dessiné par Melle Dominique BRIN, alors élève de 2ème M
4, sous la direction de Mme RAFFI. Retour